34e Congrès du parti communiste français-
Par Vincent Jean-Claude
Le 27 décembre 2008Qu’en dire, pour quoi faire ! Toutes ces réflexions – monologues trop souvent – et l’écume seulement retenue.
« Partir des réalités d’aujourd’hui et non d’un monde qui a vécu », répond dans le texte « Développement des services publics ; Nouveaux types de nationalisations, nouvelles formes d’appropriations sociales ; Appropriation sociale des biens communs de l’humanité ». On fait du neuf avec du vieux, sans expliquer ce neuf ! Quels sont ces biens non communs de l’Humanité que le capital continuerait à gérer ? Pourquoi ?
Comment atteindre « la démocratie et l’intervention citoyenne » si on ne commence pas par mettre à jour le vrai visage de la démocratie actuelle, ses pouvoirs et ses aliénations ? « Ce sont les fondements de notre démocratie qui sont en danger », « Ce sont nos droits, ce sont nos libertés, ce sont nos formes de vie communes qui sont en danger », répond Marie-George Buffet. Le parti communiste prend des apparences pour des réalités, l’aliénation économique, sociale et ses conséquences pour des droits et libertés à maintenir !
Quelle « Unité des exploités et des dominés », si ce n’est rêvée et pourtant historiquement catastrophique, si on ne pointe pas les contradictions entre les couches sociales les composant. Si on ne touche pas aux enjeux de classes. Si on ne propose pas une amorce de dépassement des hiérarchies actuelles. L’unité des exploités et des dominés serait-elle alors plus enrichissante que leurs contradictoires diversités ?
Le projet du parti communiste français s’inscrit dans un avenir lointain et radieux, ignorant la lutte de classes qui ne le parcourt pas. Au-delà de la phraséologie, « Le capitalisme n’est pas ce système d’avenir ; Notre ambition demeure d’ouvrir dans un délai rapproché une perspective de changement progressiste réel ... immédiatement concrètes ; Grandes conquêtes anticapitalistes », aucune avancée nouvelle n’est mise en avant pour transformer les luttes d’aujourd’hui. On cherche en vain une rupture, une proposition précise ouvrant la voie à un dépassement du capitalisme : une autre entreprise (33e Congrès) ou du marché, utile seulement, fondamentalement, à raccourcir le procès de circulation du capital et rendre les créances négociables immédiatement. Si ce n’est, de manière subliminale par coercition, les amender, ... jusqu’à ce qu’ils disparaissent d’eux-mêmes ?
« Intervenir dans la gestion ; Responsabilisation sociale des entreprises ; Une conception du travail débarrassée de ses aliénations ; Un nouveau partage de la rémunération entre capital et travail indispensable à une sortie durable de la crise ; Des financements nouveaux et élargis ... mettent à contribution la masse croissante des capitaux et des revenus financiers ; Une maîtrise sociale et démocratique des marchés comme outil essentiels d’un nouveau mode de développement ; Droit de regard et des pouvoirs d’intervention et de décisions aux salariés dans les entreprises ; Par un marché du travail ... allant progressivement vers un dépassement de l’exploitation et des aliénations du salariat actuel. » On sait pourtant ce qu’a donné la « cogestion » évacuant la lutte des classes.
Comment intéresser les couches populaires (celles et ceux exploités à qui est extorqué le travail gratuit et n’arrivent à survivre qu’à crédit, dominés par ces hiérarchies professionnelles et sociales qui nient leur valeur propre) en maniant des concepts vagues de temps long, en « oubliant » de leur donner des armes pour le temps court, celles qui crédibilisent le projet, le rendent lisible, compréhensible ? Tout en les noyant dans cette « initiative pour de nouvelles dynamiques politiques à vocation majoritaire ».
Ce projet n’ouvre pas de véritables alternatives de changements pour eux. Cette lutte pour la prise de pouvoir qui ne sera pas le pouvoir puisque toutes les rênes de celui-ci resteront dans d’autres mains, irrigue ce texte. Ce n’est pas ce que les couches populaires attendent. Elles cherchent des « clés » pour que leur présent évolue, maintenant. Elles savent bien que c’est le « Patron » qui décide de tout ce que propose ce texte. C’est lui qui détient les moyens de produire et choisit quoi et comment produire. « Il » impose ainsi les codes, les modes de vie et de pensée qui régissent leurs vies. Face à leur rage, leur désespoir parfois, leur découragement, ce texte ne porte pas l’espoir de lever un coin du voile de l’aliénation capitaliste.
Ce projet, « Un nouveau mode de production ; Une société de liberté ; une démocratie participative ; La construction d’un front progressiste et citoyen ; Refonder l’Europe et changer le monde » pas moins ! pour ces travailleurs soumis, au chômage partiel, licenciés, chômeurs, retraités, etc., glisse sur leurs inquiétudes, leurs peurs pour eux et leurs enfants. En même temps qu’il les renvoie, encore une fois, à un « débat indispensable sur les grands axes de transformation » qui semble plus s’adresser à une frange politique militante, « professionnelle », oserai-je.
La nouveauté de la crise actuelle est qu’elle interroge un mode de production donc de développement, fondé sur le crédit généralisé et ses multiples sophistications et des ingenieries financières issues d’instruments mathématiques comme les équations différentielles et la théorie des probabilités (le hasard !), détournant le capital immobilisé de sa fonction d’investisseur dans de nouvelles productions mais échouant à en faire un capital financier étranger à l’ensemble du procès de production. Ce krach financier, sa nouveauté, ses raisons et ses conséquences, a remis au goût du jour certaines pensées. Le parti communiste français en reste aux généralités, en attente de réponses extérieures à lui-même. Il n’insinue pas d’idées de dépassement dans les failles ouvertes – pour combien de temps – des certitudes du capitalisme et de ses aliénations que nous portons, pour une part, tous et toutes en nous. Il ne sait plus qui et pourquoi il est, qui il représente ni de qui il est l’émanation historique. Il est en manque de repères nouveaux. Baissant la garde idéologique, au nom du pluralisme des idées, au lieu de la renouveler, il se croit alors capable de rassembler le « peuple », majoritairement, en utilisant des mots, symboles d’une transformation, vidés de leurs sens.
Est-ce la chute finale ? La mutation s’achève-t-elle en un rassemblement unitaire informe, « en front progressiste et citoyen », une fois levée l’hypothèque communiste, marxiste, ou comme chacun(e) voudra l’appeler, de la recherche du dépassement et de l’abolition du mode de production capitaliste, donc la remise en cause des rapports de production et ses conséquences économiques comme sociales ?
Restent ses militants que je respecte et dont quelque part je reste proche. Leurs luttes, bien sûr nécessaires, sur la base des orientations de ce texte contre les seules extravagances ou irrationalités du capitalisme, cette « lutte des classes dans son contenu contemporain » ne leur permet pas aujourd’hui, à mon sens, de dépasser l’anticapitalisme, d’esquisser une autre conception du monde.
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34e Congrès du parti communiste français
URL de ce commentaire : http://alternativeforge.net/spip.php?article2086#forum4569Le texte qui clôture notre 34eme congrès n’est en effet qu’une suite de mots, pas besoin d’être Lapalisse pour le souligner. Ce texte, de lui-même, ne modifiera rien, et surtout pas le rapport des forces qui s’opposent. Prétendre que ce texte n’a pas de contenu, ou qu’il est fade et sans portée, qu’il ne répond pas aux attentes des peuples n’a pas, non plus, beaucoup de sens. Ce projet est une invitation à nous mettre au boulot, à militer, à nous associer aux multiples luttes qui ont lieu, très concrètement, sur tous les lieux de productions, intellectuelles ou manuelles. La fin de ce congrès marque le début de ce que nous militants avons à faire et à défaire. Et c’est bien là que le bas blesse. Car une fois terminés ce déluge de contributions, cette ronde de réunions et de rodomontades, qu’allons nous faire et ne pas faire ? Continuer d’ergoter sur un texte ? Produire une énième théorie ? Ou bien être présent sur les marchés, à la sortie des usines, des lycées, allons nous grossir les rangs des manifestations, hisser nos drapeaux rouges, ou bien se contentera t-on d’en suivre les résumés au JT, en déplorant le peu de mobilisations... Oui c’est là notre faiblesse. Trop peu de militants, à peine suffisamment de cotisants, beaucoup trop de communistes d’opérette, timides et complaisants. Absents aux réunions, pas disponibles pour tracter, occupés par des obligations personnelles, liste de courses, match de football, mais pour le coup de force, personne ! Qu’en est-il de l’intensité et de la sincérité de notre engagement ? C’est là qu’il faut questionner camarade et non sur la position de la virgule ou sur l’emploi ou la portée de tel ou tel adjectif ! Si ce n’était mon aversion du mao-lénino-trotskysme, il y-a belle lurette que j’aurais grossis leurs rangs. A notre gauche, au moins, çà bouge, on joue des coudes, pas de retraite, on a pas bradé sa combattivité contre un bout de carte ou un bulletin de vote. Et puis il faut aussi questionner nos élus. N’est-il pas plus simple d’être communiste dans une municipalité de droite, plutôt que dans une ville de gauche ou à majorité communiste ? Qu’en est-il de la démocratie participative quand les sections ne sont pas même associées aux travaux de leurs délégués ? Ce pouvoir délégué n’est-il pas confisqué ? Par ceux-là même qui ont fait appel à nos petits bras pour tracter pendant les campagnes. Qui ensuite nous rétorquent que nous ne disposons d’aucuns mandats pour mettre notre nez dans les affaires. Que si nous le faisons, nous les mettrons en difficultés. Ceux-là qui une fois élus grâce à nous se cantonnent à une gestion tranquille, à une posture électoraliste. Ce 34eme congrès n’était qu’une ouverture, c’est à nous, militantes et militants, de lui donner du corps. Et non par la théorie mais par l’action, par notre courage, notre conviction, notre combattivité, notre volonté de créer des liens, y compris virtuels (multi-média). Il nous faut provoquer le débat, demander des comptes et clamer bien haut la souveraineté des assemblées de communistes sur les mandats électoraux. Sans nous rien n’est possible.
Bien fraternellement.Par Stéphane POUSSIER le 5 janvier 2009
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34e Congrès du parti communiste français
URL de ce commentaire : http://alternativeforge.net/spip.php?article2086#forum14744Par le 13 octobre 2009
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